La Résurrection du Christ : le seul film dont tu trouveras l’affiche sur la porte de l’Eglise. 

Un tribun romain nommé Clavius (Joseph Fiennes) est chargé par Ponce Pilate (Peter Firth) d’enquêter sur la mystérieuse disparition du corps d’un certain Jésus, récemment crucifié. Car Caïphe craint que les disciples de l’hérétique ne l’aient enlevé pour faire croire à sa résurrection. Secondé par son aide de camp Lucius (Tom Felton), Clavius va traquer les disciples apeurés, sur les pas du Christ… Amen.

Sony Pictures Releasing s’est associé avec la “Société de distribution de films d’inspiration chrétienne” (la SAJE) pour sortir , ce 4 mai, un film qui “annonce au plus grand nombre le cœur de notre foi en la résurrection du Christ”, selon le diocèse de Paris. Et la SAJE n’est pas seule dans l’affaire, elle bénéficie de la force de frappe de toute la communauté chrétienne : Église catholique, Fédération Protestante, chaîne KTO, Radio Notre Dame, Famille Chrétienne, L’1visible, Jesus.catholique, Aleteia, Top Chrétien, Info-Chrétienne… mieux que Disney ! On en parle jusque dans la paroisse de Saint Robert des Rives du Lot !

Réalisé par Kevin Reynolds (célèbre pour avoir réalisé avec Kevin Costner l’excellent Robin des Bois, mais aussi le fiasco Waterworld), doté d’un mini-budget de 20 millions de $, emmené par un casting de semi-stars (Jospeh Fiennes vu dans Shakespeare in Love, Tom Felton, Cliff Curtis, Peter Firth), La Résurrection du Christ n’est tout de même pas loin de relever du nanar cheap, avec ses décors minimalistes et peu fidèles, ses figurants épars et ses effets spéciaux faciles. 

Tu connais le Comicon ? Chez eux ça s’appelle ça “la messe”.

Mais malgré tout, La Résurrection du Christ va marcher. Car il est conçu pour mobiliser la communauté chrétienne, nouvelle terre de conquête de l’industrie du cinéma. Hollywood semble avoir découvert que les films “pro-religieux” s’avèrent souvent rentables. Et pour cause : toute la communauté en fait la promo. Les évéchés (par exemple celui d’Agen) ont mis à disposition des fidèles une arsenal d’affiches, tracts, et même des “dossiers d’animation pastorale pour animer les échanges à l’issue de la projection du film”. On s’attend à des débats animés dans les sacristies, face à ce scénario imprégné de codes protestants et de “naïvetés issues des représentations les plus sulpiciennes de l’évangile” (what he says ?). 

Cela s’appelle un “film d’inspiration chrétienne“, dont la liste ne cesse de s’allonger depuis le sempiternel Mission, jusqu’à Kingdom of Heaven, en passant par Don Camillo et quelques films non-Bessoniens sur Jeanne d’Arc. 

film chrétien, cinéma spirituel

En plus d’être un marché juteux, le “film de foi” est surtout un outil de prosélytisme efficace. Comme l’écrit le Père François Zannini, auteur d’une cinémathèque à valeurs humaines (entre deux cours sur comment vaincre le diabète) : “l’image marque la conscience, d’où l’importance de rechercher les films qui gardent l’homme dans sa foi”. Mais, explique la théologienne Michèle Debidour “les film religieux rebutent nos contemporains, quand le “film spirituel”, avec ses qualités esthétiques, attire”. Bref, et le catho-communiquant Père Marek Lis ne s’en cache pas, c’est “le cinéma vu comme moyen d’évangélisation”. 

Objectif : attirer le jeune. “Propose à tes amis agnostiques de revoir La Passion du Christ…” c’est quand même plus sexy qu’offrir un thé vert à l’aumônerie. 

Et ça fonctionne ! Alors que les ciné-clubs chrétiens restent désespérément vides et les festivals de cinéma religieux confidentiels – à l’image du Festival International Mirabile Dictu – le cinéma “spirituel” est valorisé par des “jury œcuméniques” chargés de récompenser des films “à valeurs spirituelles” au sein des grands festivals internationaux, aussi bien à Cannes, Berlin ou la Mostra de Venise avec le prix Robert-Bresson. On note d’ailleurs que les blockbusters où la Bible fait office de scénario, se multiplient (Noé, Son of God, L’Île…). C’est ce que Michèle Débidour nomme “l’implicitement religieux”. 

La Résurrection du Christ n’est donc pas vraiment un film comme les autres. Il est aussi le fruit de l’alliance entre un lobby communautaire actif et une industrie lourde en panne. Alors, à quand une série Netflix sur la vie des apôtres ?

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A propos de l'auteur

Chroniqueur/Pigiste, spécialiste Société&Médias

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