Comment une bande de sous-caïds de bonlieue peut-elle organiser des attentats de masse  au nez et à la barbe (du prophète) des polices de deux pays – au moins ? Leur arme secrète : le Deep Web (ou Web Profond pour Msieur Toubon). 

Comment recevoir une Kalash par chronopost ? Où trouver un tuto sur la fabrication d’une bombe sale artisanale ? Où trouver un bon dealer de weed ? Où recruter un tueur à gage compétent pour régler son compte à cet enfoiré de… ? Y’a le Dark Net pour ça !

La face immergée de l’iceberg numérique

Suffit de chercher des illustrations sur le thème pour tomber sur cette image :

Selon les pros, le Deep Web serait la plus grosse “part” du Net : plus des 90% des activités connectées seraient occultes (sources).

Difficile à croire , d’autant plus que la définition de cet internet parallèle prête à confusion. Si on considère que tous les sites qui ne sont pas indexés sur les moteurs de recherche type Google, tombent dans le web profond, alors le blog de ma grand-mère – qui ne sait pas ce qu’indexer veut dire – les sites en accès protégé par un mot de passe ou un captchas, comme des intranet, des blogs privés et même le site de Trump ainsi qu’un tas de machin en projet, en chantier, en cours, oubliés, abandonnés, etc… en sont ! Bref, cette définition un peu fourre tout fausse les stats. 

Grosse modo, on parle d’un trilliard de pages et de 600 téraoctets de données échangées. Mais là aussi : comment quantifier ce qui est caché ?

Par contre, si on désigne le DarkNet comme tous les sites non accessibles avec un navigateur “normal”, là on est dans l’internet parallèle, 100% anonyme et flippant. On reconnaît ses sites à leur nom imbitable (kpvz7kizv5agwt35.onion) et leur terminaison en .onion. 

Pour les atteindre, faut oublier Safari, Chrome et Explorer. Il te faut Tor, aka “The Onion Router”. Ce truc, conçu à la base pour sécuriser les communications de l’U.S. Navy, rend l’utilisateur anonyme et intraçable, en enfermant son identité sous des couches de “peau” numérique. D’où la référence à l’oignon. 

Une fois sur Tor, tu accède au moteur de recherche du mal, sorte de némésis de Google. 

Les deux sites stars de l’enfer numérique sont Hidden Wiki et Silk Road. Le premier, tu l’auras compris, est un anti-wikipedia, sorte d’université du crime online avec des MOOC et tutos divers et variés pour apprendre à cultiver ta Beuh, imprimer un gun en 3D, faire péter le Pentagone.

À la base, l’esprit du Deep Web est plus proche de celui d’un bouseux du Kentuky pro-NRA et anti-Fedéral Gov ou d’un Geek hacker libertarien type Anonymous, que d’Al Qaida. On a d’ailleurs beaucoup de sites sur le thème « how to exit the Matrix ». 

Pour ne pas se faire repérer, faut bouger. C’est la loi du genre. Alors, les sites changent d’adresse régulièrement, de copie miroir en copie miroir. Pour les retrouver ? Hidden Wiki !

Quand à Silk Road (fermé par le FBI en 2013 et réouvert aussitôt), c’est l’Amazon du web profond : 20 à 30 millions de $ de transactions par an, passées dans l’anonymat le plus complet grâce, notamment, à la monnaie virtuelle Bitcoin. Drogues, armes, êtres humains, faux papiers, reliques nazies, fausses Rolex, manuels de guérilla, données bancaires volées, disques d’Anny Cordy, fausse monnaie, etc… Y’a même un système de notation des vendeurs, pompé sur celui d’eBay. Pour que tu saches vraiment où on trouve d’la bonne.

Si tu te sens l’âme kamikaze, tu peux te rendre sur le site The Armory, où tu trouveras un choix  t’offrir un AK-47 avec « 1000 munitions en kdo » pour deux achetés, des gilets pare balles, des bazookas RPG, etc… Toute la panoplie du parfait Ben Laden.

Histoire de rester intraçable, la livraison de ton colis se fait en “Point relais” ou par drone directement dans ton jardin, voire en dead-drop : on donne des références GPS et le vendeur enterre le produit aux coordonnées. Sympa ! 

Une légende urbaine évoque même un Leboncoin des tueurs à gages avec tarifs modulables (10 000 $ for normal people, 20 000 for businessmen, 50 000 for cops), dont 9 sur 10 relèveraient  de l’arnaque (“envoie 10 000 $ au Panama et je tue ton voisin métaleux”).

Par contre, tu peux aussi te payer les services de hackers capables de bloquer des sites web, mettre des portables sur écoute, voler des identités, acheter des diplômes avec inscription sur la base de l’Université (2000€ le vrai/faux Master 2 en droit de Paris I), faire passer ton prof de maths pour un pédophilie en piratant son Facebook et son PC, etc, etc, etc…

Le Deep Web, c’est avant la rencontre de (site de download) avec un mega site porno.

Si on devait faire une pub pour le web (bien) profond, elle ressemblerait à ça :

Tor est le clé qui ouvre les portes du paradis des pervers, du porno hard PornHubesque à la zoophilie, la réservation de putes livrées à domicile, la rencontre entre gayz sado-masos ultradiscets… mais aussi la pédophilie. 

En parallèle, le Deep Web est devenu le lieu majeur d’échanges de contenus gratuits. Des millions de livres numériques à télécharger gratuitement dans la Free Bibliotheca Alexandrina ou la Tor Library. 

En un mot : c’est l’anarchie. Ni contrôle, ni maître, ni nom, ni règle. Le vrai wild wild web.

Mais l’anarchie a aussi ses bons côtés : dans le Deep Web, le militant des droits de l’hommes sous régime répressif, peut échapper aux censures et à la police politique.  Le DarkNet a servi aux aux militants des révolutions arabes, et sert aux dissidents chinois. 

Tu veux y aller ? Fais comme tu veux, mais écoute ces quelques conseils de tonton Zinc avant…

1-On ne trouve les sites que si quelqu’un te donne leurs liens. Tu connais ce quelqu’un ? 

2-Bloque ta webcam. Sinon, souris, tu sera filmé ! 

3-Prends toi une version de Linux qui fait tourner un serveur Tor sur la ram, un VPN, un firewall + anti-virus costauds, et le navigateur Tor.

4-Surtout ne télécharge rien. Jamais.

5-Une fois remonté à la surface : formate son disque dur en mode intégral. Il est recommandé d’avoir un PC dédié, sur lequel tu ne mets aucune info perso, aucun  mot de passe, code, photo, rien de rien de rien !