Antoine Pietri, est capitaine de police à mi-temps. Du Lundi au Jeudi, il chapeaute une brigade de PJ Parisienne. Le weekend, il s’occupe – officiellement – de sa mère atteinte de Parkinson.

Nul ne connaît la véritable raison de ces congés, hormis son “patron” et un collègue – Gégé, coéquipier et complice de 15 ans.

C’est vrai, sa mère souffre de Parkinson. Mais entourée de deux infirmières H24, bien installée dans une villa à 1,5 million d’euros, sur les hauteurs d’Ajaccio. Le Jeudi soir, vers 19 heures, Pietri décolle du Bourget et rejoint l’île par la navette business quotidienne reliant la Corse à Paris. À 20h30, il retrouve sa mère, sa Ford Mustang 1967, sa collec’ de Breitling(s), son étalon nommé Colt, ses clubs de Golf et enfile un ensemble polo-chino Ralph Lauren. Le lendemain, à la même heure, sa femme et son fils l’auront rejoint.

Le Commandant Pietri n’est pas un flic comme les autres. C’est un flic millionnaire. Le 6 mai 2010, comme à chacun de ses anniversaires, il gratte un ticket de Keno. 3 millions. Pour Christelle, son épouse, pas question de laisser tomber son cabinet d’archi : c’est sa passion. Lui se refuse à quitter la police.

Les Pietri choisirent alors de vivre une double vie. La semaine dans leur 3 pièces de Boulogne-Billancourt – le weekend et les vacances à Ajaccio, dans une des trois plus belles villas du coin. Chacun eu aussi droit d’accomplir son rêve : lui s’offrit la Mustang de Bullit, elle un canasson et Mathieu, son fils, une collection de 1000 BD.

Avec les 500 000 restant, Pietri paye deux aides à domicile et offre à sa mère une fin de vie digne.

Mais, attention ! Motus et bouche cousue à la brigade criminelle. Seul le chef est informé : c’est un ami. Ils ont toutefois un deal : s’il garde le secret, Pietri prend les dossiers pourris. En public, ils prétextent une (fausse) haine farouche sur fond d’histoire de fesses.

Le seul avantage des affaires pourries, est qu’elles ne l’sont pas toutes. Comme celle du tireur con qui s’esquinte le pied en manipulant son 357, pile devant des caméras de surveillance, puis court à l’hosto… et s’avéra être un dangereux terroriste en préparation, fiché S et tout et tout.

Mais l’affaire du jour pue vraiment  à 100 mètres : 10 clodos décimés en une semaine dans le 15eme. Certes, on est en décembre, mais  cet hiver est le plus doux qu’on ai jamais connu.

Pour le légiste, y’a pas photo : crises cardiaques d’alcolos. À l’occasion d’une réunion syndicale départementale, Pietri évoque l’affaire à un collègue, qui lui dit être sur des cas similaires de décès inexplicables. Cette fois, ce sont les foyers SONACOTRA et de réinsertion qui sont touchés. 22 disparitions en 3 mois.

Semblerai bien qu’on tue les clodos parisiens. Et en masse. En vrac aussi : y’a aucun mobile raciste ou religieux apparent.

*

Ce Jeudi là, un sniper a fait un carton à l’entrée d’une soupe populaire : 4 morts et 3 blessés par balles. Pietri n’en a pas pour autant écourté son week-end. Il est comme ça. Pas de pot : dès le lundi, il remet ça. Sept familles de Roms assassinées dans leur sommeil, une balle de 9mm dans la tête, certainement tirées avec un silencieux. Hommes, femmes, enfants, tous y sont passés, sans distinction.

Panique à bord. La Mairie gesticule. La Pref’ ordonne. Pietri prend la tête d’une superbrigade de 40 agents. On remonte toutes les pistes, on re-visionne toutes les cameras, on réinterroge tous les témoins.

Souci : personne n’a vraiment envie d’aider les flics à coincer le “nettoyeur”, comme on l’appelle maintenant sur BFMTV. Même les poulets rechignent. Ça traînent des bottes dans les rangs. Surtout depuis que “le nettoyeur” s’en est pris aux barbus : le feu a pris dans une mosquée salafiste, soupçonnée de recruter des djihadistes parmi les SDF, les logeant et nourrissant, endoctrinement compris, aux frais d’une assoc’ cultuelle subventionnée. Le feu a pris et les portes semblaient fermées de l’intérieur. Comme pour les wécés du film. Les gardiens de la paix, eux, ils trouvent ça comique.

L’info, tenue secrète jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus, se répand chez les soiffards de d’sous les ponts. Et, soudain, par peur, voilà qu’il quittent Paris… Deux camps de roms disparaissent comme par enchantement (pour refleurir derrière Rambouillet), plus de crieurs dans le métro parisien, plus d’accordéon. Les derniers qui persistent sont des vieux je m’en foutistes. D’ailleurs, désormais, le “nettoyeur” les noie dans la seine. Tous les deux jours, un touriste apeuré appelle le commissariat du 6eme : il picniquait sur les berges et voilà que passe un cadavre bouffi à la dérive. Ça donne envie. Le machin devient alors une News internationale… ce qui fait des émules à Londres où un certain Jack L’égorgeur se met à sévir. Mais seules les femmes sont sa proie.

Tout bas, les parisiens se félicitent du nettoyage de leurs rues, notamment du côté de République/Marais et Montmartre/Clichy, bref les boboland où le 40k€ endetté jusqu’à l’os côtoie le prolo en HLM ad mortem.

En trois semaines seulement, le truc est entré dans les mœurs et commence à se tasser. Pietri n’est plus dérangé par d’insipides appels d’autorités ou de journalistes. Lui n’a encore aucune piste crédible… et n’en a pas grand chose à foutre non plus. Un double homicide  sur un couple de marchands de vin en goguette dans une boîte échangiste de Levallois le mobilise suffisamment.

Mais ce n’était qu’une brise avant la tempête. Comme s’il avait fait des petits, le nettoyeur reprit tous azimuts : du shit frelaté distribué dans les cités venait de tuer quatre ados à Sarcelle, dix à Vitry, sept à Noisiel… Ça bardait tellement qu’il demanda son dessaisissement, et le transfert de l’enquête aux Stups de la DGPJ, sous l’œil de Beauvau. L’offensive s’étendait maintenant aux familles de Roms installés en pleine rue sur des matelas d’infortune. D’énormes sauts d’acide leur étaient déversés sur la tronche en pleine nuit, défigurant – voire tuant – hommes, femmes et enfants. Les photos de gosses décharnés tournaient sur les réseaux sociaux. “Mais que fait la police ?” commençait à se demander la bonne ménagère. Tant qu’il s’agissait de vieux pochtrons, ils laissaient faire. Mais des peti’n’enfants… Ça commençait à sentir la merde sous le siège à Pietri.

Au volant de sa Mustang, sur le chemin de son 18 trou du Samedi, Pietri cherchait une sortie à c’t’affaire. Vidéos, témoins, cadavres, tout avait été analysé. Deux, trois suspects interpellés et relâchés. Rien. Au hasard d’un virage il se convainc de passer à l’action.

-Il faut le pousser à la faute. Il fait un appât pour avoir un flag. Et comme ma tête est déjà sur le billot, l’appât, ce sera moi !

Tous les gars le soutenaient sur ce coup. Alors, Pietri de vêtu comme une merde, acheta (à ses frais) une tente Quechua et s’installa station Balard, en attendant le nettoyeur. Pas de weekend Golf/Breitling/Piscine cette semaine là. Ce sera paillasse et Resto du Cœur

À suivre…

A propos de l'auteur

Chroniqueur/Pigiste, spécialiste Société&Médias

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