Renaud a deux enfants. Avec Lise, sa femme, ils menaient leurs carrières sous pression. Le couple postmoderne archétypal, tu vois ? Mais jongler entre les gosses et le taf usait leur moral. Maintenant, Renaud et un PAF heureux.

ZM : Comment es-tu devenu PAF ?

R : Un matin, en surfant sur le net, je suis tombé sur le blog « Till the cat », écrit par Benjamin Buhot, un PAF de 39 ans. PAF ? Pour Père au Foyer. Ce matin là, j’ai compris. Bon, comme la plupart des PAF, je connaissais une hypogamie féminine.

ZM : Plait-il ?

R : …ben ma femme réussissait mieux que moi. Bien sûr, c’était l’histoire d’un concours de circonstances : une promo qui m’est passée sous le nez, une opportunité qui a sourit à Lise, un déménagement de Lyon à Bordeaux – et donc on perd notre place en crèche. Et puis, Lise se rendait compte que, garder bébés toute la journée, c’était pas son truc. Par contre, moi, j’aimais ça !

ZM : On t’as pas pris pour un paresseux, un glandeur, un parasite ?

R : Bien sûr. Mes parents, des amis. Ils m’ont dit : tu vas perdre de l’argent. En fait, c’est plutôt faux. J’ai compté que nous avions même fait quelques économies, genre 200 euros par an.

ZM : Ah bon ? Grâce aux allocs ?

R : Non, les allocs sont favorables à des gens qui n’ont aucun revenu. Mais ceux qui ont déjà des revenus, ou dont l’un continue de bosser, n’ont pas grande chose. Ça se situe en 400 et 500 euros.

ZM : C’est déjà ça.

R : Ouais, j’ai quand même laissé tomber un boulot à 2100 euros par mois.

ZM : Donc, si je calcule bien, tu arrives à économiser 1600 euros par mois ! ?

R : En effet, oui. D’abord, nous ne payons plus d’impôts. Ca fait environ 400 euros par mois. Ensuite, il n’y a pas de crèche et à deux enfants ça nous revenait à 1000 euros par mois. Enfin, je n’ai plus à prendre ma voiture matin et soir, ni manger à la cantine du boulot, ce qui me coûtait cher. Surtout, nous n’avons plus ces petits frais de nounou quand la crèche était fermée ou que les enfants étaient malades, etc… c’est moi qui fait tout ! Et quand on veut s’offrir une soirée en amoureux, la sœur de Lise, qui habite à 10km, nous aide. Mais, surtout, j’ai créé ma propre activité et ça commence à payer…

ZM : Comment ça ?

R : J’ai des diplômes en Espagnol et Italien, et je me suis mis en traducteur non assermenté pour les entreprises. Ils m’envoient des documents à traduire et je le fais. Je suis hyper-souple, puisque je bosse de la maison. Parfois c’est à faire du jour pour le lendemain et je bosse pendant la sieste, ou super tôt le matin. La liberté quoi !