Nous sommes allés à la rencontre de Capucine Narcissea, blogueuse mode (imaginaire), mais de renom, qui fait s’affoler les compteurs de touitter à chacune de ses interventions.

Témoin elle aussi de son temps, et actrice de ce mouvement permanent des courants de la mode, elle a accepté de nous parler de son métier.

Son visage vous semble familier ? Vous l’avez certainement déjà vue lors de la campagne rouleau compresseur de la marque ‘The Ploukles’ il y trois ans dans les rues de la Capitale.

La Capucine de “Capucine, en concubinage avec Gaspard depuis deux heures”, c’était elle.

À l’époque elle participait à des castings. La marque l’a choisie pour son côté « sévère et nonchalant ». Aujourd’hui, elle se consacre « à 100% » à la mise à jour de son Blog “Dura Moda, Sed Moda”.

Le nom qu’elle a choisi ne laisse aucune place au doute. Elle s’impose comme “LA Blogueuse” mode de la place Parisienne mais ne compte pas s’arrêter là.

Il va falloir vous y faire, Capucine Narcissea fait et défait les modes, s’évertue à « briser les habitudes des blogueuses conservatrices et des modeuses sclérosées ».

Elle aime la transgression, se méfie du « déjà-là ».

Joueuse d’échecs sans y toucher, elle est passée Maître dans l’art de la prospective et a toujours un coup d’avance, quand ses concurrentes en sont à débattre par touits interposés des micros tendances de la semaine passée qui n’intéressent personne d’autre qu’elles. 

« Kasparov de la Mode » a dit d’elle Stuart Priceless du magazine de référence ‘Fashion Bazaroid’.

« Des serres de faucon dans un gant de velours » glissait Karla Garfeld à des journalistes à son propos entre deux séances d’essayages lors de la préparation de son dernier défilé.

C’est dans son loft cossu, niché sur la colline de Montmartre qu’elle nous reçoit pour discuter à bâtons rompus de son entrée fracassante dans le milieu embouteillé du blogging, de sa vision du métier, et de ses nombreux projets…

Avec quelques 150000 followers elle peut s’enorgueillir d’être arrivée à se faire sa place dans les couloirs bondés du RER de la mode.

« Influente, visionnaire, catalyseur de tendances et dénicheuse sagace de frivolités indispensables » comme aiment à le répéter en chœur ses amis proches Debo Spark (créatrice de la marque de bijoux ‘Fantaisistibles’) et Thomas Springle (D.A star de la revue ‘Fashionissima’).

Elle a su se démarquer en jouant des coudes mais surtout en imposant son style unique, mélange subtil d’ingénuité savamment maîtrisée et de fatal woman parisienne snipeuse à ses heures.

Son look ‘excentrique’ ne manque pas de nous surprendre à notre arrivée.

Rompue à l’exercice médiatique, elle constate à notre air ébaubi qu’elle croise des néophytes. Elle prend soin de nous présenter son univers, dans un descriptif rodé qu’elle veut succin et pédagogique; « préambule indispensable à l’interview » ajoute-t-elle.

Elle nous sourit et nous dit qu’elle a trouvé un terme bienveillant pour décrire les gens comme nous. Elle nous appelle les ‘default settings’ (‘réglages par défaut’ ou ‘réglages usine’ dans le langage informatique). 

Expression qu’elle a trouvée pour décrire les personnes « mal dégrossies » qui ne savent pas être mode, parce que dit-elle : « On ne leur a pas appris ».

Et d’ajouter : « J’en conviens, l’apprentissage peut s’avérer long et douloureux. Les ‘default settings’ s’habillent pour ne pas avoir ou trop chaud ou trop froid sans se soucier de l’image qu’ils renvoient… mais ils ont tort ».

Compatissante, elle prend soin de rajouter : « Je ne leur en veux pas et je suis là pour ça. Leur prendre la main, leur donner des pistes. Je fais le gros œuvre, les créateurs et leur raison font le reste ».

Nous pensons avoir convenablement préparé cette interview et ne doutons pas de la pertinence de notre analyse quand nous décidons de nous lancer impérieusement dans l’évocation de la dénomination ‘normcore’ (le pendant du hipster), terme pourtant déjà éculé dans le monde des modeux, mais qui pour nous est relativement nouveau; suffisamment nous semble-t-il pour que nous tentions de le placer ici pour faire bonne figure et nous réapproprier (assez gauchement convenons-en) la définition qu’elle fait des ‘default settings’.

Échec…

Professorale, Capucine nous reprend un rien cassante : « Alors là, je suis désolée, mais vous n’y êtes pas du tout… Le terme ‘normcore’ est une invention de blogueur qui arrange bien celui qui l’a créé… Il induit tout le monde en erreur. Le normcore n’est rien d’autre qu’un épiphénomène sans importance qui désigne un hipster qui veut être plus hipster que son voisin et qui pour cela est prêt à ressembler aux personnages de la série ‘Les années collège’. No way! (Pas possible!) Je le dis à toutes celles et ceux qui pensent que le normcore est une tendance de fond et qui restent englués dans leurs certitudes… vous faites fausse route. Non, définitivement, remettre sa veste Chevinion de quand on avait 13 ans et son sac banane, ça ne tient même plus du ‘Fashion faux pas’ (erreur impardonnable dans le domaine de la mode), mais bien de l’internement à l’asile de fous!

Le normcore n’est pas une mode, c’est un ragot une hérésie ». Dont acte…

Penauds mais pas découragés (l’interview n’a pas commencé), nous sourions benoîtement pour feindre d’avoir tenté un bon mot. Nous marchons dorénavant sur des œufs.

Malgré l’incrédulité qui se lit sur nos visages et notre air interdit, elle reste patiente, et commence à détailler sans ciller sa ‘liste de courses’ comme elle l’appelle, un brin provocatrice. Sa liste de courses, ce sont ses recommandations mode de la semaine.

Elle prend la pose, se meut nonchalamment dans le salon ou trône un grand miroir au travers duquel elle nous regarde l’air mi mutin mi sévère pour tester notre attention et éprouver notre intérêt sur des sujets dont elle sait maintenant que nous ne sommes guère familiers…

Le jargon très pointu de la discipline nous apparaît vite obscur, et nous échappe globalement.

Ainsi, nous croyons bon d’en simplifier ici la retranscription par soucis de pédagogie pour les ‘default settings’ qui liront ces lignes… ainsi que pour quelques chercheurs du CERN ou de l’ESA égarés.

Capucine porte une robe de mariée ‘side boobs’ (seins légèrement apparents sur les côtés) par Kevin Hairy avec effet bouloché/effiloché et micro projections de peinture fluo façon Jaxon Poloq; Aux pieds, des mules japonaises asymétriques à talons inversés en ‘impression 3D’ par Jemmy Choux. Au poignet, une ‘Apeule Ouatche’ édition limitée transparente numérotée à 30 exemplaires pour les ‘happy few’ (quelques rares privilégiés) précise-t-elle, et un ‘mix and match’ (mélange assorti) de bracelets ethniques du Kurdistan rétro futuristes.

Comme les attributs physiques ne sont pas en reste dans l’univers de la mode, elle nous parle de ses cheveux, de ses ongles…

Cheveux longs et ‘wet’ (aspect humide en fait naturellement gras) tirés en arrière du fait de la tendance ‘no-poo’ (pour ‘no shampoo’ > sans shampoing) afin de renforcer pensons-nous le côté ‘bad girl’ (fille rebelle) de la mode…; mais, voyant à notre moue s’apparentant au mieux à de l’incrédulité, au pire à de l’ignorance dans ce qui a trait aux problématiques capillaires, elle fait mine de ne pas s’en offusquer par courtoisie et nous invite aussitôt à prendre note de sa prédiction ultime dans le domaine du ‘nail art’ (art des ongles) :

« ça fait trop longtemps que les blogueuses nous bassinent avec leur ‘quick tips’ (conseils rapides) pour avoir les ongles les plus Ooooriginaux du monde. Quelle perte de temps ».

Et s’adressant aux blogueuses et modeuses : « Quoi que vous fassiez pour échapper à cette évidence, vous aurez toujours 10 ongles aux mains et 10 aux pieds. Si vous voulez faire la différence, cessez de vous coller des strass made in china ou de vous vernisser avec des couleurs ‘kawai’ (‘mignon’ en japonais). Voilà ce que je vous conseille de faire… »

Capucine fréquente l’institut ‘Cuticult’ qui s’est ouvert non loin de l’Avenue Montaigne. Le nom circule depuis peu mais l’enseigne affiche déjà complet jusqu’au mois de juillet. Cette dernière s’est fait une spécialité de « sublimer le côté négligé des ongles ».

Capucine tente aujourd’hui de promouvoir la méthode brevetée ‘Dirty cuticule TM’ (littéralement : cuticule sale). Elle nous l’annonce solennellement en « off » : « Vous allez voir, dans trois semaines, tout le monde voudra sa ‘dirty manucure TM’ ». Telle une Cassandre de la kératine, Capucine nous tend ses mains pour que nous constations le travail du Maestro Dave Mc Guili. Le ‘must have’ (ce que vous vous devez d’avoir), les ongles aspect vernis poncé et coupe irrégulière méthode ‘chewing nails TM’ (ongles mastiqués).

Séance de manucure ‘DCET Dirty Cuticule Express Trash TM’ par Dave Mc Guili : 75 euros.

Nouvelle pasionaria de la cause féministe elle nous prend à témoin et lance un défi aux « hétéro beaufs » qui « polluent son champ visuel au quotidien ».

Elle nous annonce en fanfare l’émergence du mouvement ‘Don’t judge me trough my nails’ (ne me jugez pas à l’aspect de mes ongles) dont elle se fait le fer de lance; exaltée elle poursuit : « C’est comme un manifeste. C’est plus qu’une simple phrase lancée pour remuer les réseaux sociaux… On ne peut définitivement pas réduire la femme à la beauté de ses cheveux, de ses ongles. Nos grands mères et nos mères se sont battues pour qu’on ait le droit d’écrire ce qu’on écrit et de s’habiller comme on le fait. Nous sommes en 2015. Nous devons nous affranchir de contingences qui nous aliènent et desservent notre cause. L’émancipation commence par la réappropriation de son corps. Vous ne pensez pas?

Et clairement, … le féminisme c’est porteur… »

Enthousiaste, elle poursuit dans ses prédictions : « Je vous annonce également la réminiscence prochaine du mouvement grunge et la tendance de fond du ‘laisser-aller’. J’ai inventé ce terme. Les filles auront l’air d’avoir ramoné une cheminée ou fait les plâtres pendant le weekend, d’avoir mangé du saucisson à l’ail, bu du vin rouge… fini les minettes à frange. La fille 2016 sera charbonneuse, négligée, elle s’affirmera dans une décadence sophistiquée ».

Capucine nous sert un bubble tea au Hana-Tsunomata; puis s’allonge dans son sofa telle une vestale.

L’interview peut commencer…

La suite au prochain épisode !

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