L’autorité de la concurrence a rejeté le projet de partenariat de distribution souhaité par beIN Sports et Canal+. Une décision qui assombrit un peu plus l’avenir du groupe Canal+ en France et pousse Vincent Bolloré à employer une stratégie radicale pour redresser la barre.

260 millions de déficit en 2015, 400 millions en 2016 selon les prévisions les plus alarmistes, un milliard d’euros de dettes, Canal+, dernière acquisition de Vivendi, est en perte de vitesse face à la concurrence des Netflix, Youtube et autres plateformes VOD. Le forfait Canal, surcôté à 40 euros mensuels, fait fuir 300 000 abonnées par an. Le patron de Vivendi, Vincent Bolloré évoquait même, en avril 2016, un risque de “faillite” du groupe.

La fin d’une belle époque

1984. Naissance de Canal+. Ou, plutôt, Canal Plouf. À ses débuts, la « chaîne à péage » fut un véritable gouffre financier. Laurent Fabius, alors premier Ministre, laisse couler le navire. Mais François Mitterrand renfloue les caisses, par amitié pour son PDG, André Rousselet. Dix ans plus tard, sous la main de ce Préfet devenu homme d’affaires, le groupe Canal devient un mastodonte audiovisuel international rentable, diversifié et puissant. Trop, peut-être, au yeux d’Edouard Balladur, qui, en 1994, monte une OPA hostile à Rousselet, évincé au profit de Pierre Lescure. S’en suivent vingt années d’immobilisme, le groupe se reposant sur ses lauriers. Aujourd’hui, face à la concurrence du numérique, le “modèle Canal+” est en crise.

Face aux pertes, Vincent Bolloré, principal actionnaire du Groupe, semble avoir choisi de rompre avec le« modèle primitif » hérité de l’ère Rousselet : pour redevenir rentable, Canal+ doit devenir low cost.

Cost Killing

Depuis le remplacement des dirigeants historiques (Rodolphe Belmer, Pascal Nègre…) par des Bolloré Boys, un revirement stratégique s’opère, dont l’unique objectif semble être la réduction drastique des coûts.

Exit, donc, les onéreuses émissions en clair, ces luxueuses vitrines d’une chaîne riche. Il faudra désormais payer pour voir : « il n’y a pas une seule chaîne payante au monde qui ait des tranches en clair. Pour nous, ce n’est pas une obligation réglementaire. Nous pouvons donc les réduire », déclarait récemment Vincent Bolloré aux journal Les Echos.

Adieu, donc, les belles émissions en clair (Grand et Petit Journal, Zapping, Le Supplément, Les Guignols) et leurs divas (Maïtena Biraben, Bruce Toussaint, Yann Barthès, Grégoire Margotton, Ophélie Meunier, Thomas Thouroude…).

Le Tycoon Breton aurait-il oublié que « le clair » assurait à la chaîne plus de 100 millions d’euros de recettes publicitaires, compléments indispensables aux revenus des abonnements ? « À l’avenir, la vitrine de Canal ne sera plus Canal+, mais D8 et D17, où Hanouna a su faire passer le fameux l’esprit Canal [un cocktail d’insolence, de glamour et de dérision] à l’ère de la télé-réalité et des réseaux sociaux », nous explique un producteur d’émission télé. D’ailleurs, les recettes de ces chaînes n’en finissent pas de grimper (+11,5% au premier trimestre 2016).

Ce plan d’économies signé Bolloré est donc complété par nouveau projet industriel, reposant sur quatre piliers : le déploiement des petites chaînes du groupe, des « accord de distribution » (notamment avec BeIN Sports pour le football), un partenariat avec Samsung pour créer la première box TV intégrée au téléviseur et des synergies avec Universal et Dailymotion, propriétés du groupe Canal. D’ailleurs, Canal et Dailymotion ont désormais le même patron : Maxime Saada.

Netflix Deluxe

L’idée Boloréenne de Canal+ semble bien être celle d’un Netflix de Luxe, à 99% crypté, centré sur les séries, le cinéma et le sport.

En effet, le groupe Canal étant le premier banquier du cinéma Français, Vivendi est désormais en position de force pour orienter la production de contenus. « Canal participe à la production de 200 films de cinéma par an et une dizaine de séries », rappelait récemment l’entrepreneur Stéphane Courbit, patron de la maison de production Banijay, dont Vivendi est actionnaire à 26,2%.

Il y a fort à parier qu’à l’avenir, la bankabilité des projets deviendra la condition principale de leur financement. C’est d’ailleurs cette méthode que Vivendi applique en Afrique depuis de nombreuses années. Un territoire où Canal+ se développe avec une offre adaptée et rentable.

A propos de l'auteur

Chroniqueur/Pigiste, spécialiste Société&Médias

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