C’est un fait : nos élus ne ressemblent pas à leur électeurs. Et ce n’est pas une question de sexe ni de couleur. C’est une question sociale.

La France populaire est exclue de la vie démocratique. Purement et simplement.

Aujourd’hui, quel employé, quel petit patron, quel artisan, prendrait le risque de perdre son job pour tenter l’aventure politique ? Quel ouvrier, quel trentenaire en début de carrière oserait demander à son patron un congé pour se présenter aux cantonales, aux régionales ou aux législatives ?

Tant que la France comptera moins de 10% de chefs d’entreprise et 15% de hauts fonctionnaires de couleurs ou issus d’une immigration récente, il n’y aura qu’1 ou 2% de représentants des « minorités visibles » à l’Assemblée Nationale, comme c’est aussi le cas au Bundestag ou dans les Cortès.

Tant que les fonctions électives seront considérées comme des “charges” féodales, cumulables à l’envi et à vie, il n’y aura pas de réel renouvellement du personnel politique dans ce pays, il n’y aura pas davantage de diversité, il n’y aura pas de relève.

Tant que les rentes politiques perdureront, les femmes et les « minorités visibles » passeront après les « barons locaux » et seront cantonnées au rôle « d’alibi diversité », de faire-valoir, de variable d’ajustement, aux places non-éligibles, aux circonscriptions ingagnables, aux strapontins de « l’intégration » ou de « la parité ».

Et tant que le fonctionnement des partis reposera sur la notabilisation et la cooptation, ces rentes perdureront.

Voici le lien entre le problème social et le problème politique.

Ce n’est donc pas une question de société, de racisme ou de communautarisme, mais un dysfonctionnement séculaire du système partisan.

Les excuses de la frilosité électorale, de l’appréhension du public, du verrou psychologique, ne sont que de faux prétextes au maintien des rentes politiques.

Aujourd’hui, un nouveau paysage politique se dessine. Qu’une nouvelle génération laisse les discours fatalistes et désenchantés pour enfin prendre d’assaut les Partis citadelles.

Depuis une trentaine d’années, la priorité des élites de couleur ou issues de l’immigration récente, était la réussite économique. Ils sont concentrés sur leur carrière, nous leurs études, diplômes, métiers, entreprises. 

Beaucoup ont préféré le monde associatif à celui des partis, car il a bien un, deux voire trois temps d’avance sur les partis politiques.

Mais aujourd’hui, il existe un vivier de jeunes femmes et de jeunes hommes, pour qui la politique représente un aboutissement, l’expression de la réalisation totale de leur intégration. Ils ont acqui un capital social, un capital culturel… ils aspirent maintenant à se forger un capital politique.

Alors, venons en au fait : comment construire l’égalité des chances en politique ?

L’égalité des chances en politique commence par l’égalité des chances face à l’éducation et l’emploi.

Barack Obama a exprimé, dans son fameux discours de Philadelphie toutes les limites de la discrimination positive. Certes, le nombre d’avocats noirs est passé de 1 à 5% en 40 ans, le nombre d’universitaires noirs de 1 à 6%… mais qu’en est-il des latinos-américains aujourd’hui ? Faudra-t-il attendre encore 40 années pour voir un latino-américain dans le bureau ovale ?

Non, les politiques de quotas ne sont pas une solution viable.

Il suffit de regarder l’application de notre propre loi de 2006 sur la parité : certes, nous comptons aujourd’hui 48% de femmes élues au Parlement européen ou dans les Conseils Régionaux.

Mais trop souvent, les partis politique contournent la loi. Trop souvent, ils préfèrent payer des amendes plutôt qu’appliquer les quotas. Enfin, n’oublions pas que les quotas tendent à mettre en concurrence les minorités entre-elles.

Surtout, nul gouvernement n’a changé la société par la seule contrainte de réglementations.

Ce ne sont pas les lois autorisant l’avortement ou abolissant la peine de mort qui ont changé le regard des femmes sur leur corps ou le regard de la société sur la justice.

La loi prend acte du mouvement de la société. Parfois trop tard, ou parfois elle le prévient.

Mais nous devons, nous Français, abandonner l’idée qu’une simple loi puisse changer la donne.

Ni privilèges, ni quotas, mais l’égalité d’accès aux postes à responsabilité : il faut cesser de se contenter de proclamer de l’égalité… mais la réaliser.

Pour cela, nous devrons briser, une fois pour toutes, les rentes politiques.

Cela passe d’abord, par l’interdiction du cumul des mandats, non pas entre mandat national et mandat local, mais l’interdiction du cumul des mandats dans le temps. 

A propos de l'auteur

Chroniqueur/Pigiste, spécialiste Société&Médias

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