Enfin, nous y sommes ! Le premier meeting de campagne d’Emmanuel Macron attire les foules. Le meeting in, occupe la Maison de la Mutualité, temple de la gauche, où se presse un concentré homogène de BCBGés sympathiques mais peu coutumiers des rassemblements politiques.

Dans la rue, le off : un bloc compact de manifestants, encerclé de CRS, invective la génération 40K€ qui fait la queue, et leur jette des œufs. Vite, les fauteuils pourpres du Théâtre sont pris d’assaut. Les salons périphériques, où des écrans retransmettent le meeting sont aussi, presque, bondés.

Sur la grande scène, un large éventail de jeunes, des blancs, des noirs, des beurs, en costume ou t-shirts, et quelques crânes dégarnis qui, eux, prennent, immédiatement, la parole. Alexandre Jardin, roi des Faiseux de la société civile, qui font parce qu’aujourd’hui « il faut se débrouiller par nous-mêmes ! ». Dans la salle, nul ne s’étonne que l’on ouvre un meeting de (quasi) campagne présidentielle sur un aveu d’impuissance publique… étrange signe des temps. Alors Jardin les raconte, ces « gens qui font »… jusqu’à en perdre le fil, à en perdre la salle, qui râle. Coupé dans son élan, l’écrivain cède le micro à… un socialiste : Richard Ferrand, député du Finistère, qui avoue ne pas être entré en politique pour être élu. Un comble ! On en rit. « Qui de mieux qu’un ancien banquier pour faire sauter la banque ? » s’exclame-t-il alors. L’ennemi de Macron serait-il donc aussi la finance ? Et le député ventripotent de lui prodiguer ses conseils de vieux briscard, alors que tous ne sont là que pour entendre parler de renouvellement. Décidément, ce Ferrand a tout faux.

Enfin, voici la star, seule en scène. Lapsus de com’ révélateur. Tout sourire, dans son costume bleu nuit sans cravate qu’on fume à l’aube démocrate. Il égrène un discours très écrit, très lu aussi, sur quatre prompteurs plexiglas qu’il croyait invisibles. « Rassemblement », « ni gauche ni droite » (ni même Centre), « une France réconciliée », « une France libérée ». Ne craint-il pas de lasser à force de ressasser ? Pour seul programme, il se forge un mantra auto-suggestif : « rien ne doit nous arrêter ». Nous, lui, qui ? Au moins sait-il, sans l’avouer, que ses attaques contre Manuel Valls le condamnent à la démission, dès la rentrée.

Et puis, vient le temps des annonces, à mots couverts : « imaginez où nous seront dans 3 mois, dans 6 mois, dans 1 an ? », et la salle de crier « Macron Président ! ». Parle-t-il à la France, ou BFMtv ? « Jusqu’à 2017, jusqu’à la victoire ! » qu’il s’égosille, soûl d’applaudissements. Il aime cela, s’y baigne, s’y vautrerait presque.

Dans la salle, on s’étonne un peu du vide programmatique d’une telle harangue. Même pas une idée neuve. Des mots de diseux. Au sortir de là, les nouveaux-ex militants s’inquiètent : et si, en bout de course, notre Emmanuel se ralliait, par le flanc, à Hollande ? Règne ici une ambiance de « République Solidaire »… ce parti que Dominique De Villepin s’offrit en 2012, histoire de goûter sa popularité, avant de rejoindre le Barreau de Paris. On parle de machiavélisme, sur les pavés de marbre de la Mutualité. On attend le Ministre. Mais déjà, l’homme du jour est reparti, par l’arrière, aussi singulièrement qu’il jailli, auparavant.