Y’a des chances que ça ressemble à “l’ère d’Ultron“, avec ses “ah j’avais pas prévu qu’il serait aussi méchant” et ses “on te l’avait bien dit.” Le cycle des crises est immuable : 1987, 1993, 2001, 2008. Il nous faut toujours 6 à 7 ans pour replonger. En 2017-2018, on y sera. Même avant. Robert Shiller, prix Nobel d’économie, créateur d’une sorte d’indice de risque de crise (price earning ratio PER) annonce que le PER de Wall Street à déjà atteint ses niveaux de 1929 et 2007. Jean-Marc Sylvestre prédisait même le krach pour… avril 2015. Oups, raté. Jacques Attali, plus malin, parle de 2015, sans précision. Marc Touati, lui, parie sur la fin de l’année. 

WTF !?

Alors, imaginons : t’es un trader. Tous les matins, en arrivant au taf après ta gym, tu apprends que les Banques Centrales ont ENCORE injecté des milliards d’euros sur le marché. Bref, ils t’ont laissé une liasse de billets sur le bureau. À toi de placer le fric. Allez, vas-y, joue avec, puisqu’on te le dit, allez ! Donc tu spécules. Non stop. Et tout les matins, un nouveau tas de billets t’attend. Magique ! Tu es Pierre Arditi dans Comme s’il en pleuvait. Tu as peur de rien, tu es un dieu, tu es intouchable, dans une totale “exubérance irrationnelle”, avec la parade des majorettes et tout le toutim. Tu es Superman. Sauf que. “Do you bleed ? You will !” Le soutien des Banques Centrales – le quantitative easing – est factice. Quand un type au RSA s’offre une Rolex, on peut avoir des doutes. Pas eux. La FED à balancé “par hélicoptère”, comme le préconisait l’hyperlibéral Milton Friedman, plus de 3 500 milliards de dollars, et la BCE atteindra 1 100 milliards en  2016, suivie par les banques centrales anglaises et japonaises.

Ce pognon devait permettre aux banques de prêter aux ménages et aux entreprises, pour relancer l’industrie par la consommation et l’investissement… mais les banques ont préféré capter la majorité de cette manne pour spéculer. La relance du crédit est une vaste blague. Pas étonnant donc que le marché des produits financiers dérivés s’élève désormais à près de 700 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois le PIB mondial.

Et, le pire, c’est que grâce à ce déversement de liquidités, les marchés financiers ont surperformés, alors que l’économie réelle s’essouffle et que le poids de la dette mondiale atteint 286% du PIB global. La bourse de Tokyo a doublé ses résultats en 2 ans, Wall Street en 5, Paris et Berlin y arrivent. Le tout en période de croissance morose : l’écart entre les cours de bourse constatés et les résultats attendus des entreprises s’étire de 1 à 16… comme à la veille du krach de 2001. Le QE a dopé les banques pour surmonter le choc des subprimes, mais elles sont en overdose !

Dans le même temps, les taux d’intérêt s’effondrent, voire deviennent négatifs. Personnellement, si on me prête 200 000€ à un taux négatif, je m’offre une année sabbatique autour du monde plutôt qu’un appart’ ! Et toi ? Bref, tout ceci n’incite pas à la prudence. D’où le come-back des junk bonds, du shadow banking, et même d’entreprises zombies qui drainent du fric sur des projets fantômes. Hyper-risqué, ultra-rentable, intraçable. Conséquence : 10% des hedge-funds ont investi 50 fois plus d’argent que le montant des fonds qu’ils ont en caisse. “On se shooterait à la vitamine C si cela avait été illégal…” (Trainspotting).

Autre paramètre : le développement du THF (trading à haute fréquence) qui permet à tous les Patrick Bateman du monde de continuer à faire du fric tout en faisant la teuf. Même les subprimes sont de retour, avec 20 000 milliards de dollars de “prêts de titres” où des dettes servent de garantie à… de nouvelles dettes. Tu vois le moment, dans Marging Call, où Kevin Spacey demande à parler au mentalist ? Ben, on y est.

C’est la preuve que la “régulation financière” est impossible. Les ratios prudentiels de Bâle III fonctionnent comme si la femme d’un joueur invétéré lui faisait promettre, la main sur le cœur, qu’il ne jouerai pas plus de 22% du Livret A ce soir.

Un indice, chez vous, au bas de votre écran

On peut prévoir que tout partira de l’explosion de la bulle immobilière mondiale : au Brésil, au Canada, en France, en Grande-Bretagne et en Chine, la hausse des prix de l’immobilier est artificiellement dopée par la surabondance de crédit pas cher. Un matin, on va enfin se rendre compte que l’économie globale est surendettée. Ce sera le jour de passer à la caisse… et cela ne pourra se fera que par la ruine des épargnants puisque ce sont eux (nous) qui ont financé les dettes par leur épargne.

Soudainement, les Banques Centrales vont relever leurs taux d’intérêt. Et les actions/obligations (sur lesquelles repose notre épargne) perdront mécaniquement un tiers de leur valeur. Le lendemain, on se rendra compte qu’on en attendait 3% de rentabilité financière alors que la croissance est à 1% et les taux d’intérêt à 2%. Or, comme une action n’est qu’un droit de tirage sur un production future… et qu’il n’y pas de production : il va y avoir de sévères corrections ! Bref : ça va faire pschiiiiit.

À ce moment là, un mec viendra t’informer que toute ton épargne au delà de 100 000 € sera effacée pour éponger les dettes. C’est la nouvelle règle instaurée par les accords européens sur l’Union Bancaire, dits de “bail-in“. Les Chypriotes fortunés – et mafieux – y ont déjà goûté : les dépôts bancaires supérieurs à 100 000 € ont été taxés à …. 37,5 %. L’accord de bail-in propose la confiscation de 8% de tout dépôt dépassant 100.000€. Mais bon, à moins que tu n’aies 100 patates sur ton CCP, je dirai : “reste cool, sac à merde“. C’est vrai, certains paranos débancarisent déjà pour acheter or et argent. Après, why not ? C’est peut-être le moment de se faire plaisir !