Inclure des “observations identitaires” (dans les recensements, études, sondages) aurait tous les avantages des statistiques ethniques, moins les inconvénients.

Non aux statistiques ethniques.

Soyons concrets : les statistiques ethniques consistent à classer les individus selon leur origine ethnique.

Mais l’ethnie est un concept trop flou pour permettre l’établissement de catégories scientifiquement fiables.

D’autant plus que l’existence d’individus aux parents d’origines différentes rend impossible leur “classement”… l’affiliation ethnique n’est pas héréditaire.

Depuis les années 1990, les britanniques dénoncent l’impossibilité de “catégoriser” les indentités sans nier la diversité interne des communautés. Et ce, que l’on divise la population en 130 catégories, comme outre-atlantique ou 29, comme outre-manche.

Autre problème : 95% des Français pourraient être classés dans la catégorie “enfant ou petit-enfant d’immigré”.

En définitive, les statistiques ethniques sont destinées, dés leur création, à être instrumentalisées par le pouvoir en place.

Leurs aficionados martèlent : “les statistiques ne sont pas le problème. Le tout est ce qu’on en fait”. C’est la bonne vieille rangaine de la NRA : “Ce n’est pas le fusil qui tue, c’est le tireur”.

9 risques sur 10 que les statistiques ethniques soient taillées sur mesure pour justifier manipulations et stigmatisations.

Pour autant, nous avons besoin de données “identitaires”.

Les Français ont besoin de prendre conscience de la diversité de leur identité, de son métissage.

La France a besoin d’établir un état des lieux de l’intégration, de saisir les failles du modèle assimilationniste républicain.

Elle doit en finir avec la victimisation des minorités, avec les préjugés.

Nous devons établir la réalité des liens existant – disons le clairement – entre la couleur de peau ou la consonance du nom et les discriminations à l’embauche ou au logement.

Ces études quantitatives permettrait, enfin, de répondre à la question fatale : “la France est-elle raciste ?”.

Nous avons tant besoin de ces données… qu’elles sont déjà recensées, en toute discrétion.

On les retrouve lors des enquêtes emploi de l’Insee, des testing de la HALDE, d’études de la CNIL, ou du Ministère de l’Education Nationale sur les ZEP.

On les retrouve dans les travaux d’éminents sociologues français, tels Sébastian Roché et Georges Felouzis.

L’hypocrisie est que, malgré leur existence, le principe des statistiques ethniques sera toujours rejeté par le Conseil Constitutionnel.

Le principal défaut des statistiques ethniques est qu’elles sont… illégales.

Leur existence même contrevient aux principes constitutionnels d’égalité devant la loi et d’indifférenciation des citoyens. D’où les avis négatif répétés de la CNIL et du Conseil Constitutionnel… auquel s’ajoute une directive communautaire venant encadrer la production de données raciales, ethniques ou religieuses.

Ainsi, à moins de réformer la Constitution, aucune “loi relative aux statistiques ethniques” ne verra le jour.

Pour l’inclusion d’observations identitaires dans les recensements et sondages.

Au lieu de statistiques ethniques, nous proposons d’intégrer des “observations identitaires” en marge de questionnaires de recensement ou des sondages.

Remplies volontairement et utilisées de manière anonyme, ces observations n’auraient aucun caractère racial ou ethnique.

Il s’agirait uniquement d’informations sur le pays de naissance de la personne et de ses parents, sa nationalité, sa religion, sa ville de naissance voire même son “sentiment d’intégration” (sur une échelle de 1 à 10 par exemple).

Ainsi nous saurons. Et ce sera un bon début. Mais ce ne sera qu’un début.

Ces “observations identitaires” auront le mérite de fournir une information aisément exploitable, sans réduire l’identité et le parcours de millions de Français à leurs seules origines, ni présenter de danger majeur pour la cohésion républicaine.

Afin de se prémunir contre toute tentative de récupération politicienne, leur exploitation et leur transmission pourraient être confiées à une Autorité Administrative Indépendante comme la HALDE… une fois rétablie dans la plénitude de ses pouvoirs et de ses moyens.

Certes, ces observations ne corrigeront pas les discriminations et les inégalités. Elles ne feront que les rendre plus visibles.

Elles ne résoudront pas les procès en discrimination contre les entreprises. Procès qui, étrangement, ont tendance à traîner en longueur.

Elles ne pourront rendre compte des discriminations indirectes : comme le fait que certaines entreprises n’emploient jamais de noirs à l’accueil du public.

Elles pourront simplement alerter les pouvoirs publics, aider les associations dans leur combat contre les discriminateurs, et, sans polémiques stériles ni réformes constitutionnelles, permettre de changer notre regard sur notre propre société.