Quel point commun entre le Brexit et Podemos, Trump et Sanders, Le Pen et le Mouvement 5 étoiles ? Aucun, sinon les Grassroots : les “gens d’en-bas”.

Grassroots peut se traduire par « au ras des paquerettes ». Cette imagine désigne donc le peuple, les gens, la base. Et si la “France d’en bas” était plus qu’une raffarinade ? Si elle prenait véritablement le pouvoir ?

Néo-prolétaires de tous les partis, unissez-vous !

Ce pays d’en-bas réunit le pays réel de Maurras au bon peuple de Zola, sur leur commune détestation des élites. Le résultat exceptionnel de Virginia Raggi, élue Maire de Rome avec 67% des voix, est une preuve supplémentaire du divorce consommé entre l’élite et les petites gens, réunis, en Italie sous la bannière d’un Mouvement 5 Étoiles aussi bien soutenu par d’anciens communistes que le néo-fasciste Fratelli d’Italia. Un Mouvement qui pourrait être qualifié, outre manche et/ou atlantique, de Grassroot Group.

Dans les pays anglos-saxons, ces mouvements politiques rabattent les cartes du jeu politique. Au Royaume-Uni, l’action du « Grassroots Out ! » est vraisemblablement à l’origine du Brexit. Aux Etats-Unis, les Grassroots porteront peut-être Donald Trump jusqu’au bureau ovale.

Du vieux au nouveau continents, ces mouvements, fondés hors des partis politiques, rassemblent un électorat majoritairement anti-système, ignoré et dégoûté par les professionnels de la politique, partisans d’une démocratie plus participative, voire directe. les grassroots contestent la légitimité de dont sont issus leurs représentants, qu’ils jugent corrompus et crato-philes(1).

Récupération politique du peuple ou retour aux origines du militantisme ?

Il suffit de gratter le verni populaire pour découvrir que la plupart des Grassroots sont affiliés, fondés, voire menés, par… des politiciens professionnels. Ainsi en est-il du mouvement pro-brexit « Grassroot Out ! » (G.O), créé par deux députés conservateurs, Peter Bone et Tom Pursglove. Ainsi fut-il, en 2009, du Tea Party, tentative avortée de récupération par l’establishment républicain du salad boil de grassroots movements ralliés à Sarah Palin.

« À travers les Grassroots, certains politiciens tentent de relégitimer une parole politique démonétisée en faisant appel au peuple, en se revendiquant du participatif » explique Julien Talpin, chercheur en Sciences Politiques au CNRS et spécialiste de la démocratie participative. « Mais, ajoute-t-il, ceci n’est qu’un usage instrumental du peuple ». Ainsi, le sociologue pointe les mouvements populaires conservateurs, à l’instar des « Citizens for Trump », de G.O ou du Tea Party, façonnés à coups de millions pour réunir des gens du peuple, sous la bannière de populistes. Un phénomène qui n’est pas sans rappeler la récente l’ « EnMarche » d’Emmanuel Macron, le Ministre devenu champion du porte-à-porte.

À l’opposé, on trouve les mouvements « populistes de gauche », comme les nommait l’idéologue argentin Ernesto Laclau. Les initiatives de Podemos, du Parti Progressiste Uni de Bernie Sanders ou du Parti Pirate, sont, elles, exclusivement financés par des petits donateurs et présentent des programmes issus de travaux participatifs. « Il ne faut pas regarder les Grassroots de gauche comme une nouvelle forme de parti politique, mais comme un retour aux mouvements sociaux », analyse Julien Talpin. Ces mouvements sont donc à rapprocher des syndicats, qui, contrairement aux partis politiques focalisés sur les échéances électorales, fournissent à leurs adhérents services tout au long de l’année. 

Les Grassroots Partys, voués à l’échec électoral ?

Qu’ils soient conservateurs ou progressistes, des extrêmes comme du Centre (tel Nous Citoyens), sincères ou instrumentalisés, « ces partis alternatifs pâtissent d’un même phénomène d’attraction-répulsion », confie un élu ex-Modem ayant rejoint Les Républicains. « Au premier tour, ils attirent par leur nouveauté, leurs idées innovantes, de nouveaux visages. Mais quand vient, au second tour, le moment de choisir, ils échouent inexorablement par manque de crédibilité ». Ce schéma semble se confirmer chez Trump, dont la crédibilité reste la principale faiblesse face à Hillary dans les études d’opinion ( ?). De même, un électeur de la nouvelle égérie du Mouvement 5 Étoiles confiait au Monde, le 20 juin 2016 : « je vote Raggi [car] elle sera incapable de tenir le coup. Comme ça, dans deux ans, il y aura de nouvelles élections avec, cette fois, des candidats valables ». Un même paradoxe toucherait donc les électeurs européens comme américains, qui, même animés d’un grand désir de renouveler les idées et les hommes politiques, ne donnent au final leur voix qu’à des politiciens professionnels prônant la real politik.

(1) : amoureux du pouvoir

A propos de l'auteur

Chroniqueur/Pigiste, spécialiste Société&Médias

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