Après quatre années de silence laborieux, les Deftones ont conçu Gore. Un album poli, poncé, léché, trop même. Non, passer le new-métal au Vanish senteur micoucoulier n’était pas une bonne idée.

A écouter et télécharger sur Itunes.

Too late ?

C’est poney blanc et blanc poney, ou inversement.

Bien sûr, dès Prayers/Triangle, on reconnaît le trumble façon Abe Cunningham, les guitares saturées, la basse slapée et les beuglantes mange-micro de Chino. Mais il manque un truc à cet album, aux airs d’avion-sans-ailes.

Comme s’ils avaient désormais honte d’être métaleux, les quatre gars de Sacramento se masquent derrière des voyelles shadées, des riffs U2besques, un écho démesuré et une prod briquée au Miror.

Mais où est donc passée ce bourrinage immature, enragé, cet irrésistible appel au pogo (même solitaire), ce groove punkédélique qui fait le charme du NuMetal ?

Les titres s’enchaînent et se traînent, comme Acid Hologram et Hearts/Wires, aux arpèges scolaires. Moreno y ânonne des mélodies sous-louées à Björk, pendant que Stephen Carpenter se la joue guitar hero, avec un son digne des Scorpions.

On atteint presque l’ennui, balançant nonchalamment la tête à la manière d’un mini-chien de plage arrière. Il faut bien trois écoutes pour s’en remettre.

Du fast sans furious

Tiens, ça sent le cramé ! Comme du Metallica, tu trouves pas ? Certains riffs évoqueraient presque Nothing Else Matters. D’où un écœurement temporaire quoique troublant.

Ailleurs (Geometric Headdress), les décrochages, ruptures rythmiques et dysharmonies alambiquées dévoilent un jeu trop écrit, presque aussi complexe qu’une réforme de la CSG.

Ces arrangements sophistiqués expriment-ils un désir de faire bien, plutôt que de bien faire ? On ne sait pas, on ne sait plus. Ainsi vient Gore, une balade incohérente aux allures de pub Renault Mégane.

On est bien loin de l’écriture cristalline d’Around The Fur, de la légèreté de Knife ou de la rondeur pure de Change.

Mais peut-être fait-on ici à Deftones le même procès subi par Radiohead. Ne pas se contenter de faire du Deftones, mais aller voir ailleurs si on y est, se renouveler est toujours une mise en danger. Dans ce cas, disons simplement que cette revisite – comme dirait Mercotte – n’est pas tout à fait à notre goût.

Heureusement, on retrouve enfin nos marques avec (L)mirl. On approuve même le son de beatbox jungle qu’envoie Abe Cunningham. Preuve que les Deftones sont encore & toujours capables du meilleur !

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